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Mes articles de presse

Mercredi 1 novembre 2006

«Made in China»

05.10.2005

 

«Quand la Chine s'éveillera le monde tremblera" disait Napoléon. Cette formule désormais célèbre fut reprise par Alain Peyrefitte ministre dans le cabinet De Gaulle en 1973. Aujourd'hui la Chine s'est éveillée et le monde tremble. Le réveil de l'empire du milieu marque surtout son irruption et son retour sur la scène internationale.

 Car il ne faut pas l'oublier, la Chine est une grande civilisation qui du XIe au XVIIe siècles posséda la plus grande flotte du monde, disposa de réels atouts économiques et technologiques, sans avoir jamais détruit ni peuples ni civilisations contrairement aux Européens.(1)

 

 Au 20e siècle sous le règne de MaoTsé-Toung (1949-1976), pendant près de trois décennies, la Chine s'est engouffrée cependant dans une autosuffisance presque maladive. Le parti central – le parti communiste chinois- a érigé d'une main de fer une imposante muraille économique derrière laquelle il s'est réfugié dans une quasi autarcie bannissant tout contact avec l'étranger.

 Ce n'est qu'après la mort du grand timonier et l'arrivée de Xiaoping que les choses allaient prendre une autre tournure.

 En effet, l'arrivée en 1978 de Deng Xiaoping à la tête de l'Etat, au moment même où Thatcher accède au pouvoir en Angleterre va l'influencer sensiblement. Sans être un apôtre des politiques de dérégulation et de désétatisation prônées outre-manche, il va à l'instar de son homologue britannique lancer son slogan "Enrichissez-vous" ! et mettre sur pied la «politique de la porte ouverte».

 L'empire du milieu pouvait alors se prévaloir d'entamer sa révolution industrielle à la lumière de l'Angleterre pionnière au 18 e siècle, des Etats-Unis au 19e et du Japon dans les années 50, avec son lot de mutations et de bouleversements.

 Urbanisation, industrialisation, émergence d'une classe moyenne et massification de la consommation en seront les leitmotivs.

 L'historien français Fernand Braudel avait à juste titre mis en relief que chaque période historique était caractérisée par l'hégémonie d'un port autour duquel se concentraient toutes les activités économiques et commerciales.

 S'il était question jadis de Manchester, Amsterdam et New York, il est question maintenant de plus en plus de Shanghai qui s'impose dorénavant comme nouveau carrefour mondial du commerce et de l'échange.

 Beijing entama alors son décollage économique, le "take off" comme disait Rostow, par le biais d'une politique tirée par les exportations et grâce à l'ouverture aux capitaux étrangers. (le pays est désormais le premier récipiendaire au monde des investissements étrangers, les fameux IDE).

 Ceci n'était pas sans engendrer quelques tensions et déséquilibres. D'abord sur le plan social avec la paupérisation ambiante (près de 120 millions de Chinois vivent avec moins d'un dollar par jour) avec des perturbations financières (une bulle immobilière croissante) et enfin avec quelques crispations politiques : les libertés publiques sont muselées, la justice est très dépendante du pouvoir central, quant à la liberté d'expression, elle demeure quasi absente. Bref, l'Etat de droit y est embryonnaire.

 La Chine inquiète aujourd'hui par son gigantisme (1,3 milliard d'habitants), sa démesure, son appétit, ses moyens, l'hyper capitalisme qui y règne aussi, mais surtout par ce qu'elle s'éloigne du "modèle de développement asiatique".

 En fait, au décollage nippon des années 50 a succédé un autre vol d'oies constitué par les quatre dragons asiatiques (Taiwan, Singapour, Hong Kong et Corée du Sud) durant les années 70-80. Un autre quarteron de pays déshérités cette fois-ci va rejoindre le vol du développement (Thaïlande, Malaisie, philippines, Indonésie) pendant la décennie 90.

 Rien à voir avec un quelconque modèle libéral pour ces pays: l'Etat reste le principal intervenant, il protège le marché intérieur, mobilise l'épargne domestique, éduque ses sujets…. L'empire du milieu fait peur aujourd'hui parce qu'il s'écarte de ce stéréotype.

 Par sa taille, son histoire et sa culture, par son impressionnante «armée de réserve», une main-d'œuvre abondante, peu qualifiée et bon marché, il pèse durablement sur les termes de l'échange mondial.

 Le décollage économique de la Chine , ce n'est pas seulement 1,3 milliard de producteurs sur le marché mondial du travail, ce sont aussi de nouveaux acheteurs potentiels.

 L'empire du milieu n'est pas seulement un concurrent mais également un nouveau débouché pour les industries mondiales.

 Son entrée en 2001 à l'Organisation mondiale du commerce OMC comme son engagement au niveau de l'ANASE (accord des nations de l'Asie du sud-est) font de lui un acteur médiateur puissant qui prône le dialogue et la coopération pour tous les différends de la région (conflit opposant l'inde et le Pakistan à propos du cachemire), ou encore en ce qui concerne le problème de la dénucléarisation de la Corée. (1)

 Après une première vague d'industrialisation dans les secteurs textile-habillement, le "vampire" s'est immergé dans l'électronique, l'électrique, les télécommunications et l'informatique. Et le voilà maintenant branchant ses laboratoires et ses chercheurs sur l'aéronautique et la biologie moléculaire.

 L'atelier du monde c'est aussi, il ne faut pas l'oublier, 740 000 chercheurs et une part de près de 1.4 % du PIB consacré à la recherche-développement. Les meilleures universités nord-américaines et européennes s'arrachent désormais les Chinois et quelques grands instituts, à l'image de HEC en France vont même jusqu'à organiser des concours sur place pour recruter les meilleurs éléments.

 La Chine c'est aussi une communauté mondiale et un réseau d'échanges très dense où la culture et les traditions restent les noyaux mobilisateurs. Les chinatowns ces véritables petites villes que l'on retrouve dans les grandes mégalopoles sont l'expression la plus flagrante de cette diaspora. Il est néanmoins une question dont il ne fait point de doute aujourd'hui. C'est que les Etats-Unis seront encore et pour longtemps à la tête du peloton mondial.

 Quelques arguments importants planchent en leur faveur. Une communauté scientifique de chercheurs estimée à 1,3 million, une part de plus de 3% de son PIB consacrée à la recherche -soit le double de ce que consacre la Chine actuellement-

 Le PIB américain est aujourd'hui dix fois supérieur au PIB chinois. Les États-Unis disposent d'un marché homogène, ils ont la plus forte monnaie, et leurs entreprises dominent tous les secteurs de l'économie internationale.

 Ce n'est pas avant 2030 selon les meilleures hypothèses établies par les maîtres de Beijing que le PIB chinois dépassera le PIB américain.

 Avec l'entrée de l'empire sur le marché des commodités : ces produits de base que sont les matières premières, l'énergie et les denrées agricoles, la Chine modifie surtout un postulat de base: l'économie mondiale n'est pas totalement virtuelle.

 On a cru que l'avènement des nouvelles technologies de l'information et du Net allaient nous entrer de plein pied dans un monde virtuel. Grave erreur! Le cerveau a toujours besoin de ses bras!

 La Chine aujourd'hui et l'Inde demain nous font savoir que même dans une économie de la connaissance, l'essence coûte cher, que même dans une économie de l'immatériel, le matériel a son importance.

 Par son gigantisme, son histoire millénaire et ses moyens, la Chine est en train de produire un chambardement dans la géopolitique mondiale. Au "choc des civilisations" s'est substitué un "choc des mondes". Nos pauvres pays n'ont que l'ultime choix de l'unification pour contrer la montée en puissance de ce pays-continent.

 Le choc chinois affecte tout, du prix de l'essence en passant par notre emploi et le temps qu'il fait.

 "Jamais dans l'histoire économique, une nation aussi grande (1,3 milliard d'habitants) n'avait connu une croissance aussi forte (8%) pendant une période aussi longue (25 ans)" écrivait à juste raison Eric Izraelewicz, directeur adjoint de la rédaction des Echos dans un livre très remarquable à ce sujet. (2)

 L'empire s'est mué en vampire. A ce rythme il sera demain incontestablement la première puissance économique mondiale devant les Etats-Unis. Peut être même à la tête d'un G2 comme le fait supposer Jeffrey Garden ex-secrétaire aux Affaires internationales de Bill Clinton.

 Après avoir été l'atelier du monde, la Chine est en passe de devenir son usine, sa ferme, son centre commercial, son centre de loisirs, son laboratoire et même sa maison de retraite. Demain plus qu'aujourd'hui tout sera imprimé du "Made in China".

© Le Matin  

(1)Voir le Monde Diplomatique, août 2005

(2)Lire "Quand la chine change le monde" Eric Izraelewicz, Grasset 2005

(*) Universitaire et chercheur, université Hassan II Casablanca

 Mehdi KAMAL BENSLIMANE * |

 http://www.francechine.com/veille/veille_cn-10-10-2005.html#DOSSIER

 

Par Mehdi Benslimane
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Mercredi 1 novembre 2006

In Le Journal Hebdomadaire du 19 mars 2004

L’Afrique découvre depuis quelques décennies qu’elle est en train de perdre au marché ses compétences scientifiques et techniques après qu’elle eut découvert qu’elle a perdu ses hommes à la traite des esclaves et ses matières premières au marché du commerce mondial.

 

La problématique de la fuite des cerveaux reste grave et complexe.

 Grave, car dans un sondage publié en 1998 près des 3/4 des marocains se déclaraient disposés à s’expatrier.

 Ce sondage révèle aussi que 70% des titulaires de diplômes supérieurs étaient prêts  à refaire leur vie ailleurs.

 Grave également car elle s’apparente à une véritable hémorragie qui commence d’ores et déjà à toucher les fonctionnaires de l’Etat et une frange de personnes ayant apparemment une situation sociale stable.

 Complexe car les raisons des départs ne sont pas toujours évidentes ;

 Certes elles relèvent d’un système qui met en cause les problèmes d’ouverture économique, politique et culturelle auxquels sont confrontés les pays du sud de la méditerranée ; néanmoins, ces raisons invoquent les difficultés rencontrées par les Etats du nord au niveau de leur démographie. Nous tenterons ici de mettre en lumière les causes de cette fuite des cerveaux (I) et ses répercussions sur l’Afrique et par ricochet sur notre pays (II) ; mais il convient tout d’abord de mettre le point sur le concept lui-même. L’expression fuite des cerveaux avait été utiliséepour la première fois en anglais pour désigner « brain drain ». Très vite on a du abandonner cette expression. Ainsi, à l’issue des discussions de l’assemblée générale des nations unies tenue en 1967 et auxquelles prenaient part l’éminent professeur Mahdi Elmandjra (1), on a convenu qu’il fallait écarter « la fuite des cerveaux » et retenir « l’exode des compétences »  pour la simple raison que les cerveaux ne fuient pas  c’est plutôt la compétence  qui s’en va ailleurs. 

 I – les causes de « l’hémorragie » : 

 * facteurs exogènes :

 Connaissant des mutations technologiques etscientifiques impressionnantes, les pays européens découvrent que depuis la décennie 70 leur croissance démographique ne suit pas la même tendance.

 Ces nations se tournent aujourd’hui de plus en plus vers les pays du sud parce que leur populationvieillit, le taux de renouvellement des générations n’est plus assuré et qu’au bout du compte la formation des élites accuse un certain retard.

 Dans les pays du sud, en revanche, les compétences sont disponibles alors que les moyens scientifiques et les équipements de recherche font grandement défaut.

 *facteurs endogènes :

 Les motivations salariales figurent au premier plan des raisons invoquées de l’exode. Il faut savoir que les salaires payés au Maroc sont 2 à 5 fois moins élevés que ceux pratiqués en Europe ou en amérique.

 Cela dit, cette variable n’est pas explicative à elle seule du phénomène puisque « les universités américaines n’offrent pas de  salaire élevé mais offrent par contre des infrastructures  de pointe et surtout la possibilité de rencontrer les meilleurs chercheurs dans quasiment tous les domaines du savoir». (2)

 L’absence des moyens et conditions de travail, le manque de valorisation des compétences (absence de plans de carrières) pèsent pour beaucoup dans la décision d’exil de nos cadres, ingénieurs, chercheurs et informaticiens.

 Le modèle de développement des pays du sud n’a cessé depuis des années de poser des problèmes car insoucieux des aspirations populaires et caractérisé par l’absence d’une vision sociétale qui valorise la participation estudiantine, accepte le pluralisme et  soit respectueuse des droits de la personne.

 Nos jeunes compétences cherchent avant tout un environnement sain de stimulation intellectuelle.

 Dans nos pays force est de reconnaître que les libertés de pensée et d’expression, indispensables par ailleurs à la créativité, ne sont pas toujours acquises.

 II- les répercussions du phénomène :

 Cet exode représente un coût  exorbitant pour le Maroc. Une formation dans une école d’ingénieurs coûte environ 1 million de dhs à l’Etat pour les cinq années d’études.

 

Ainsi, chaque fois qu’un ingénier part à la fin de son cursus,non seulement cet investissement est perdu mais il contribue au développement d’un autre pays prospère.

 Pis, les pays africains sont obligés à faire remplacer ces qualifications par le recours au savoir étranger.

 Selon une étude de la commission européenne, le coût pour le continent est de 4 milliards de dollars par an pour quelque 100 000 experts étrangers.

 

 Cet exemple est un début d’explication du fossé énorme qui sépare le monde développé du sud et montre in fine le véritable gâchis africain.

 La question  se pose aujourd’hui avec acuité : quelles solutions préconiser pour retenir nos élites ?

 Si l’on ne peut concurrencer les standards de salaire pratiqués en Europe ou outre-atlantique les relever à un niveau satisfaisant est une première urgence.

 Le Maroc se doit s’il désire conserver sa matière grise consentir de larges efforts pour proposer des conditions de travail respectables aussi bien au niveau des administrations qu’à celui des entreprises.

 Le management doit réaliser sa mue et instituer le mérite au lieu des relations de favoritisme aux conséquences néfastes et qui nourrissent le désarroi.

 De la même façon des mesures facilitant de manière réelle l’entrepreneuriat et l’accès au financement doivent être prises en vue d’encourager les investisseurs.

 Enfin, notre pays peut tirer les enseignements de l’expérience de la Corée du sud. Le gouvernement sud coréen soutient en effet les associations de scientifiques travaillant à l’étranger et leur demande en échange de répondre via Internet aux besoins des administrations et universités en expertises, publications, séminaires ou colloques.

La problématique de l’exode des compétences demeure très complexe de par la nature des éléments qui la compose.

Nous retenons néanmoins que ces répercussions sur le continent noir et, par ricochet, sur notre pays sont assez néfastes pour être marginalisées.

 En l’absence de son unique énergie : sa matière grise, quel développement socio-économique peut-on concevoir pour le Maroc à l’orée de la mondialisation et de la société du savoir ?

 La diaspora scientifique du tiers-monde est l’un des moyens dont disposent les Etats du sud pour avoir la place qui doit être la leur dans le concert mondial au niveau de la recherche en dépit de la rigueur économique et de la globalisation.

 Nos pays doivent se battre pour se réapproprier leurs compétences nationales et convaincre leurs expatriés de réinvestir leurs compétences et leurs expériences acquises au nord, dans leurs pays d’origine.

(1) Mahdi Elmandjra in « la décolonisation culturelle défi majeur du 21ème  siècle »  Ed. Walili 1996 

(2) Cité par Stéphane Garelli in le journal n° 1 du 20 au 26 janvier 2001

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Mehdi Benslimane
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