«Made in China»
05.10.2005
«Quand
Car il ne faut pas l'oublier,
Au 20e siècle sous le règne de MaoTsé-Toung (1949-1976), pendant près de trois décennies,
Ce n'est qu'après la mort du grand timonier et l'arrivée de Xiaoping que les choses allaient prendre une autre tournure.
En effet, l'arrivée en 1978 de Deng Xiaoping à la tête de l'Etat, au moment même où Thatcher accède au pouvoir en Angleterre va l'influencer sensiblement. Sans être un apôtre des politiques de dérégulation et de désétatisation prônées outre-manche, il va à l'instar de son homologue britannique lancer son slogan "Enrichissez-vous" ! et mettre sur pied la «politique de la porte ouverte».
L'empire du milieu pouvait alors se prévaloir d'entamer sa révolution industrielle à la lumière de l'Angleterre pionnière au 18 e siècle, des Etats-Unis au 19e et du Japon dans les années 50, avec son lot de mutations et de bouleversements.
Urbanisation, industrialisation, émergence d'une classe moyenne et massification de la consommation en seront les leitmotivs.
L'historien français Fernand Braudel avait à juste titre mis en relief que chaque période historique était caractérisée par l'hégémonie d'un port autour duquel se concentraient toutes les activités économiques et commerciales.
S'il était question jadis de Manchester, Amsterdam et New York, il est question maintenant de plus en plus de Shanghai qui s'impose dorénavant comme nouveau carrefour mondial du commerce et de l'échange.
Beijing entama alors son décollage économique, le "take off" comme disait Rostow, par le biais d'une politique tirée par les exportations et grâce à l'ouverture aux capitaux étrangers. (le pays est désormais le premier récipiendaire au monde des investissements étrangers, les fameux IDE).
Ceci n'était pas sans engendrer quelques tensions et déséquilibres. D'abord sur le plan social avec la paupérisation ambiante (près de 120 millions de Chinois vivent avec moins d'un dollar par jour) avec des perturbations financières (une bulle immobilière croissante) et enfin avec quelques crispations politiques : les libertés publiques sont muselées, la justice est très dépendante du pouvoir central, quant à la liberté d'expression, elle demeure quasi absente. Bref, l'Etat de droit y est embryonnaire.
La Chine inquiète aujourd'hui par son gigantisme (1,3 milliard d'habitants), sa démesure, son appétit, ses moyens, l'hyper capitalisme qui y règne aussi, mais surtout par ce qu'elle s'éloigne du "modèle de développement asiatique".
En fait, au décollage nippon des années Rien à voir avec un quelconque modèle libéral pour ces pays: l'Etat reste le principal intervenant, il protège le marché intérieur, mobilise l'épargne domestique, éduque ses sujets…. L'empire du milieu fait peur aujourd'hui parce qu'il s'écarte de ce stéréotype.
Par sa taille, son histoire et sa culture, par son impressionnante «armée de réserve», une main-d'œuvre abondante, peu qualifiée et bon marché, il pèse durablement sur les termes de l'échange mondial.
Le décollage économique de
L'empire du milieu n'est pas seulement un concurrent mais également un nouveau débouché pour les industries mondiales.
Son entrée en 2001 à l'Organisation mondiale du commerce OMC comme son engagement au niveau de l'ANASE (accord des nations de l'Asie du sud-est) font de lui un acteur médiateur puissant qui prône le dialogue et la coopération pour tous les différends de la région (conflit opposant l'inde et le Pakistan à propos du cachemire), ou encore en ce qui concerne le problème de la dénucléarisation de
Après une première vague d'industrialisation dans les secteurs textile-habillement, le "vampire" s'est immergé dans l'électronique, l'électrique, les télécommunications et l'informatique. Et le voilà maintenant branchant ses laboratoires et ses chercheurs sur l'aéronautique et la biologie moléculaire.
L'atelier du monde c'est aussi, il ne faut pas l'oublier, 740 000 chercheurs et une part de près de 1.4 % du PIB consacré à la recherche-développement. Les meilleures universités nord-américaines et européennes s'arrachent désormais les Chinois et quelques grands instituts, à l'image de HEC en France vont même jusqu'à organiser des concours sur place pour recruter les meilleurs éléments.
La Chine c'est aussi une communauté mondiale et un réseau d'échanges très dense où la culture et les traditions restent les noyaux mobilisateurs. Les chinatowns ces véritables petites villes que l'on retrouve dans les grandes mégalopoles sont l'expression la plus flagrante de cette diaspora. Il est néanmoins une question dont il ne fait point de doute aujourd'hui. C'est que les Etats-Unis seront encore et pour longtemps à la tête du peloton mondial.
Quelques arguments importants planchent en leur faveur. Une communauté scientifique de chercheurs estimée à 1,3 million, une part de plus de 3% de son PIB consacrée à la recherche -soit le double de ce que consacre
Le PIB américain est aujourd'hui dix fois supérieur au PIB chinois. Les États-Unis disposent d'un marché homogène, ils ont la plus forte monnaie, et leurs entreprises dominent tous les secteurs de l'économie internationale.
Ce n'est pas avant 2030 selon les meilleures hypothèses établies par les maîtres de Beijing que le PIB chinois dépassera le PIB américain.
Avec l'entrée de l'empire sur le marché des commodités : ces produits de base que sont les matières premières, l'énergie et les denrées agricoles,
On a cru que l'avènement des nouvelles technologies de l'information et du Net allaient nous entrer de plein pied dans un monde virtuel. Grave erreur! Le cerveau a toujours besoin de ses bras!
La Chine aujourd'hui et l'Inde demain nous font savoir que même dans une économie de la connaissance, l'essence coûte cher, que même dans une économie de l'immatériel, le matériel a son importance.
Par son gigantisme, son histoire millénaire et ses moyens,
Le choc chinois affecte tout, du prix de l'essence en passant par notre emploi et le temps qu'il fait.
"Jamais dans l'histoire économique, une nation aussi grande (1,3 milliard d'habitants) n'avait connu une croissance aussi forte (8%) pendant une période aussi longue (25 ans)" écrivait à juste raison Eric Izraelewicz, directeur adjoint de la rédaction des Echos dans un livre très remarquable à ce sujet. (2)
L'empire s'est mué en vampire. A ce rythme il sera demain incontestablement la première puissance économique mondiale devant les Etats-Unis. Peut être même à la tête d'un G2 comme le fait supposer Jeffrey Garden ex-secrétaire aux Affaires internationales de Bill Clinton.
Après avoir été l'atelier du monde,
© Le Matin
(1)Voir le Monde Diplomatique, août 2005
(2)Lire "Quand la chine change le monde" Eric Izraelewicz, Grasset 2005
(*) Universitaire et chercheur, université Hassan II Casablanca
Mehdi KAMAL BENSLIMANE * |
http://www.francechine.com/veille/veille_cn-10-10-2005.html#DOSSIER
Vos réactions