Bienvenue sur le Blog de MKB
Par Mehdi K. Benslimane
Nous commémorons cette année le 600ème anniversaire de la mort d’Ibn Khaldoun, homme et théoricien de la civilisation.
Né à Tunis en 1332, mort au Caire en 1406, les enseignements de ce savant arabo-musulman du milieu du 14ème siècle sont aujourd’hui d’actualité. L’encyclopédie Wikipédia le présente comme étant l’homme qui avait prédit la mondialisation culturelle – plutôt l’aliénation culturelle que nous vivons aujourd’hui- dans sa théorie du vainqueur et du vaincu, en déclarant que le vaincu est fasciné par le slogan, l’uniforme et les habitudes du vainqueur. Autre exemple. Dans sa «Muqadima», son ouvrage de référence, lui, fin connaisseur de la langue arabe, se plaignait à maintes reprises du faible niveau des maghrébins en arabe classique et de leur éloquence déplorable. L’article qui suit m’a fortement marqué car il décrit un parcours exceptionnel d’un homme d’exception qui demeure hélas méconnu pour des pans entiers des générations actuelles. Je vous le suggère donc vivement.
Ibn Khaldoun est le penseur arabe et musulman le plus étudié dans le monde. Pourtant, ça ne fait qu’un siècle que sa renommée est devenue incontestée et d’ampleur internationale. Un de ses spécialistes, le Marocain Abdesselam Cheddadi, traducteur de
Pour une redécouverte relativement récente, c’est un triomphe. Mais ces relectures tardives sont marquées par leur contexte, et projettent sur Ibn Khaldoun et son œuvre des préoccupations qui leur sont parfois étrangères. Petit aperçu…
L’ancêtre ?
C’est avec le développement de la sociologie moderne qu’Ibn Khaldoun a été exhumé. En 1917, Taha Husayn soutenait une thèse de doctorat dans laquelle il soulignait les dominantes sociologiques de l’œuvre (rôle du climat, distinction entre la vie nomade et la vie citadine...). En 1957, l’Irakien Muhsin Mahdi a montré l’importance de la causalité dans l’œuvre d’Ibn Khaldoun sans aller jusqu’à parler de déterminisme historique, puisque la raison peut analyser les facteurs géographiques, biologiques, psychologiques et sociaux, donc les dominer. Quant au Libanais Nassif Nassar, il propose, dans “
Au fil de leurs travaux, bien des penseurs contemporains ont voulu voir dans l’œuvre d’Ibn Khaldoun une anticipation de leur propre philosophie de l’histoire. Pourtant, il n’y a pas eu, entre eux, d’influence directe, mais plutôt une rencontre avec cette œuvre. Peu importe… Ibn Khaldoun est devenu, selon les cas, l’ancêtre des positivistes, l’ancêtre des sociologues modernes… On en a même fait le précurseur de Marx, comme Georges Labica. Certes, la dialectique marxiste s’est reconnue dans cette méthode d’inventaire des faits et d’analyse de la réciprocité de leurs interactions, mais elle n’a pas suivi Ibn Khaldoun dans l’interprétation profonde. Et d’écarter allègrement des pans entiers de
Lectures idéologiques
En 1965, l’historien et géopoliticien Yves Lacoste, né au Maroc, publiait un ouvrage au titre éloquent : “Ibn Khaldoun ; Naissance de l’histoire, passé du Tiers-Monde”, qui laisse rêveur.
Quant à l’historien Abdallah Laroui, en réaction aux travaux des historiens de la période coloniale, il semble chatouillé par le rôle que donne Ibn Khaldoun aux Berbères. Dans “L’Histoire du Maghreb, un essai de synthèse” (1982), il écrit : «Ibn Khaldûn semble penser que la race arabe étant depuis longtemps épuisée, l’affaiblissement de la race berbère signifie donc la fin de toute civilisation, de toute histoire au Maghreb, et qu’aucune possibilité de renouvellement n’est à la limite possible. En ce sens, on ne peut prendre l’œuvre d’Ibn Khaldûn pour une histoire raisonnée ; elle est plutôt une vision de l’histoire qui naît d’une mise en forme abstraite d’une séquence historique : au lieu d’être la raison de l’histoire maghrébine, c’est au contraire celle-ci qui en est la raison ; elle doit par conséquent être utilisée de la même manière qu’on utilise Machiavel : en tant qu’indice d’une crise générale ; elle ne doit ni être présentée comme explication ni proposée comme solution. Les historiens coloniaux retiennent d’Ibn Khaldûn seulement le rôle des Bédouins, en profitant, nous l’avons dit, de l’ambiguïté sémantique du vocabulaire arabe pour introduire leurs préjugés racistes. (…) Les idéologues arabes, de leur côté, n’osent ni accepter ni refuser Ibn Khaldûn ; ils se maintiennent en général à un niveau très abstrait, insistant sur les victoires et passant rapidement sur les défaites».
Le «théoricien de la civilisation» contre le «choc des civilisations»
Les nombreuses publications qui ont célébré le 600ème anniversaire de la mort d’Ibn Khaldoun témoignent de préoccupations contemporaines. Déjà en 1993, le Mexicain Fabian Estapé affirmait, dans “Ibn Jaldùn o El Precursor” qu’«Ibn Khaldun constitue, en ces moments de récupération historique du monde musulman et de sa pensée, un trait d’union entre des cultures qui ont vécu se tournant trop longtemps le dos». Wikipédia, l’encyclopédie libre en ligne, et surtout réactualisée en permanence, écrit qu’«Ibn Khaldoun avait prédit ce qu'on appelle aujourd'hui la mondialisation culturelle dans sa théorie du vainqueur et du vaincu (al ghaleb oual maghloub) en déclarant que le vaincu est fasciné par le slogan, l'uniforme et les habitudes du vainqueur». On croirait lire du Frantz Fanon. Cette année, un ouvrage d’Abdesselam Cheddadi, intitulé “Actualité d’Ibn Khaldûn, conférences et entretiens”, publié par
Sur les pas d’Ibn Khaldoun
Abou Zayd Abderrahman Ibn Mohammed Ibn Khaldoun est né en 1332 à Tunis, d’une famille de notables d’origine yéménite anciennement installée en Andalousie puis émigrée en Tunisie. Contemporain de Pétrarque, Dante, Boccace et d’Ibn Battouta, il vit le XIVe siècle de la guerre de Cent Ans, de
Kenza Sefrioui
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
Vos réactions