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Dimanche 1 juillet 2007

Mehdi K. Benslimane

 

Rabat, 15 juin 2007. La scène se déroule devant le parlement. Des militants de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH), subissent une répression féroce de la part des forces auxiliaires, sous le commandement du tristement célèbre général Hamidou Laanigri.

Leur crime ? Ils tenaient un sit-in de solidarité avec leurs collègues poursuivis, suite aux festivités du 1er mai, pour atteinte aux « valeurs sacrées » du pays.

Dans cet article, Khalid Jamai revient, sur les tenants et aboutissants de cette affaire (et sur d’autres choses encore !), avec son ironie habituelle. Il y montre que, depuis 1999, le « Maroc bouge » et que les Marocains vivent « une nouvelle ère ». 

Bonne lecture.

 

Par Khalid Jamaï

C’est avec sauvagerie que les Forces auxiliaires ont dispersé, vendredi 15 juin, le sit-in organisé devant le Parlement par l’Association marocaine des droits de l’Homme. Un sit-in pour demander la libération des militants  de cette organisation poursuivis pour atteinte aux «valeurs sacrées» du pays.

L’intervention barbare contre les militants du 15 juin dernier n’a pas épargné, soit dit en passant, les simples citoyens qui passaient par le boulevard Mohammed V ni ceux qui se trouvaient attablés au café Balima, situé face au Parlement et fréquenté par les étrangers de passage. L’intervention a fait une dizaine de blessés parmi lesquels la présidente de l’AMDH, Khadija Ryadi, ses deux vice-présidents, Abdelhamid Amine  et Abdellah Ben Abdesslam ainsi que d’autres dirigeants, militants et militantes de cette organisation qui furent transportés à l’hôpital pour fractures ou évanouissements.
Ces Forces auxiliaires qui ont fait preuve de tant de zèle sont sous le commandement du général Hamidou Laânigri.
C’est dire qu’il n’y a pas lieu d’être surpris, car que pouvait-on attendre d’un tel responsable qui s’est «distingué par ses hauts faits» sous le régime de Hassan II (voir son rôle dans le mouroir de Tazmamart) et par  ses “exploits” lorsqu’il était directeur de la DST (cf. le recours à la torture pratiquée au centre de Témara, siège de cette triste Direction, héritière du funeste CAB I).
Aussi sommes-nous en droit de nous demander si nous ne sommes pas devant une affaire de représailles où un responsable sécuritaire utilise un corps de l’Etat pour régler ses comptes et assouvir une vengeance.

Années de plomb
 Au demeurant, l’AMDH l’affirme. Et à juste titre. Rappelons que ce général figure sur la liste des 45 tortionnaires publiée par l’AMDH. Mais, il faut aller plus loin.
Lorsque des responsables des organisations de défense des droits de la personne et certains membres influents de la société civile avaient réclamé que les tortionnaires soient traduits en justice, des voix se sont élevées, au sein même de l’IER, pour affirmer qu’il fallait tourner la page, accordant de facto l’impunité à ces criminels. Or, si aujourd’hui des hommes comme Laânigri sévissent encore, c’est parce qu’ils n’ont pas rendu de comptes, forts justement de cette impunité. C’est parce que les tortionnaires de l’ère Hassan II n’ont pas été poursuivis et sanctionnés que d’autres tortionnaires ont vu le jour sous la nouvelle ère et se livrent, en toute quiétude, à la pratique de la torture, aussi bien au centre de Témara que dans certains locaux de la police et de la gendarmerie.
Des pratiques rapportées et  dénoncées par des organisations internationales des doits humains telles Amnesty International, Humain Rigths Watch en plus des associations marocaines : AMDH, OMDH et autres.
A cela, il faut ajouter les témoignages “d’islamistes salafistes” arrêtés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme qui viennent de publier une étude sur les sévices qu’ils auraient subis, principalement au centre de Témara.
Il en ressort que sur un échantillon de 127 personnes interrogées et qui affirment avoir été torturées, 90 auraient été battues, 86 menacées de viol, 54 menacées de se voir introduire un bâton dans l’anus sans parler du recours aux techniques de “l’avion”, de la “suspension”, “des décharges électriques” et autres “joyeusetés” du genre… (voir Al Massae du 19 juin 2007).
Dire alors que les années de plomb font partie du passé, c’est aller vite en besogne.
En fait, elles perdurent, et de surcroît, au vu et au su de tous les gouvernants et dirigeants des partis politiques, lesquels deviennent, de par leur silence, complices et aussi responsables que les tortionnaires, exécuteurs de basses œuvres.
Que l’Etat lutte contre le terrorisme, l’obscurantisme, l’extrémisme, le fanatisme, c’est son devoir. Mais, il doit le faire avec fermeté et dans le respect le plus total de la loi et des droits de l’Homme, dans le cadre d’une justice indépendante du pouvoir exécutif  et de toute influence.

«L’image» du royaume 

Parce que les journaux indépendants ont dénoncé les pratiques de la torture, parce qu’ils rapportent les affres quotidiens que subissent les citoyens au niveau du logement, de la santé, de l’enseignement, de la justice, ils ont été traduits devant des tribunaux, traînés dans la boue, accusés de ternir l’image du Maroc sur la scène internationale (voir la pseudo-indignation des gouvernants et d’un grand nombre de dirigeants de partis politique au sujet de ce citoyen de Salé qui avait “élu” domicile, lui et sa famille, contraints et forcés, dans des toilettes...).  
Mais que dire alors des photos de la présidente de l’AMDH, de ses collègues et des militants de cette association des droits de la personne, gisant sur le sol et grimaçant de douleur suite au tabassage sauvage qui leur a été infligé par les sbires du ministère de l’Intérieur sous le commandement du général Laânigri?
Des photos qui ont fait le tour du monde, qui circulent sur le Net et qui dévoilent «tout le respect que les gouvernants marocains» témoignent aux droits de la personne et à ceux qui les défendent dans le royaume chérifien. Ces photos de la répression barbare, les témoignages consternants des suppliciés, marocains et étrangers, du centre de Témara ne manqueront pas de “faire briller de mille éclats” l’image du royaume et “renforcer” sa crédibilité à l’échelle internationale…
Des photos scandaleuses, des témoignages accablants qui terniront et décrédibiliseront   pendant longtemps encore les tenants de la gouvernance dans ce royaume. Ceux qui ont commis ces forfaitures ne méritent-ils pas d’être poursuivis pour répondre de leur crime de  “lèse-pays” ?
Le tabassage des militants des droits de la personne a eu lieu le 15 juin, soit trois jours avant que ne débutent les négociations entre le Polisario et la délégation marocaine, soit dit en passant constituée dans sa quasi totalité par des sécuritaires…
Un tabassage qui s’inscrit dans la foulée de ceux qu’ont subis les diplômés-chômeurs, les diplômés non-voyants, chômeurs aussi, les instituteurs et autres citoyens et citoyennes de différentes régions du royaume tels ceux et celles de la région de Marrakech. On ne pouvait pas passer message plus rassurant pour les Sahraouis, aussi bien ceux de Tindouf que ceux des  provinces du sud, quant à ce qui les attend concernant leurs futurs droits, d’autant que les Marocains, dans leur projet d’autonomie élargie, entendent conserver la haute main… sur la justice et la sécurité.
Plus subtil, plus convaincant, tu meurs !
Nos dirigeants, nos stratèges seraient-ils si ignorants ?
On aurait tendance à le croire.
Et chacun sait qu’un ignorant peut provoquer beaucoup plus de dégâts qu’un être intelligent !

Source: Le Journal Hebdomadaire

par Mehdi K.Benslimane publié dans : Coups de coeur
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Mardi 23 janvier 2007

Par Mehdi K. Benslimane

Figure emblématique du journalisme marocain depuis 1997, année de création du « Le Journal », Aboubakr Jamai quitte aujourd’hui ses fonctions à la tête de cette publication et annonce son intention de quitter le pays. Dans cet article, il explique les tenants et aboutissants de sa décision.

D’un courage remarquable et d’une conviction et intégrité inébranlables, il fut l’idole de plusieurs jeunes de ma génération. L’homme dérangeait par son franc-parler, et ses écrits sans concessions ni détours envers un système foncièrement injuste. Ceci lui a causé de nombreux problèmes. Il lui a valu aussi et surtout une reconnaissance internationale à travers les nombreuses distinctions qu’il a reçues à l’étranger.

M.Jamai fut toujours fidèle à la noble mission de l’intellectuel telle que définie par Edward Saïd : un outsider qui se doit de dire courageusement la vérité au pouvoir. Si la disparition de l’abbé Pierre a touché la France dans son cœur, c’est à la fois le cœur et la raison du Maroc qui sont touchées par le départ d’Aboubakr et toutes les compétences de ce pays.

 

 Par Aboubakr Jamai

  C’est avec tristesse que je quitte mes fonctions de directeur de publication du Journal Hebdomadaire. C’est aujourd’hui la seule solution pour protéger notre publication des répercussions de ma condamnation dans l’affaire ESISC. Dans cette procédure judiciaire dont les manquements ont été assez documentés pour qu’on y revienne ici, le journaliste Fahd Iraqi et moi-même avons été condamnés à payer 3 millions de Dhs au plaignant Claude Moniquet. Sept mois après le prononcé du jugement en appel, nous avons reçu la visite de l’huissier à deux reprises. Le jugement est donc dans sa phase d’exécution. Or il se trouve que nous avons déjà été confrontés à une situation similaire dans l’affaire Benaïssa qui a duré d’avril 2000 à décembre 2004 et dans laquelle la Cour de cassation n’a toujours pas dit son mot. Dans cette affaire,  Ali Amar et moi-même avions été condamnés en Première Instance respectivement à 2 et 3 mois de prison FERME et à payer 2 millions de Dhs de dommages et intérêts au ministre des Affaires étrangères. En appel, la peine à la prison ferme a été commuée en sursis et les dommages et intérêts ont été réduits à 500.000 dh. Constatant notre incapacité à payer cette somme, M. Benaïssa a demandé au tribunal de saisir nos salaires auprès de la société éditrice du Journal, société qui nous emploie. Celle-ci n’appliquant pas la décision du juge, -nos salaires étant notre seule source de revenus, M. Benaïssa  a demandé et obtenu la condamnation de ladite société à payer les 500.000 Dhs. La conséquence a été la saisie des actifs de la société et leur vente aux enchères. M. Benaïssa ne s’est pas contenté de cela. Il a aussi demandé et, bien entendu obtenu, la saisie auprès de la société distributrice du Journal et d’Assahifa des recettes de ventes de nos deux publications. Sa demande se basant sur le fait qu’en tant que directeur de publication, j’étais le récipiendaire de ces fonds qui pouvaient donc être considérés comme faisant partie de mes actifs. Actifs que la justice marocaine lui permettait de saisir. Cette dernière évolution signifiait la mort instantanée du Journal Hebdomadaire et d’Assahifa. Nos deux publications étant boycottées par la plupart des annonceurs gravitant dans le giron du régime, et cela fait beaucoup, nos recettes publicitaires sont bien moindres que celles de nos concurrents. Notre source majeure de revenus est donc nos recettes de ventes. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’avais, à l’époque déjà, démissionné de mes postes de directeur d’Assahifa et du Journal Hebdomadaire. Mais avant que la démission de notre hebdomadaire francophone ne soit effective, nous avions réussi à assembler la somme de 700.000 Dhs, c’est-à-dire 500.000 Dhs plus les intérêts de retard, que M. Benaïssa a pu finalement empocher. En d’autres termes, si nous n’avions pas payé, la seule solution pour sauver Le Journal Hebdomadaire aurait été de renoncer à mon titre de directeur de la publication. Il aurait aussi fallu que je renonce à toute activité rémunérée, non seulement au sein du Journal mais dans toute autre institution installée au Maroc  puisque mes revenus et mes actifs, de quelque nature qu’ils fussent, auraient été susceptibles d’être saisis par M. Benaïssa. Remplacez Benaïssa par Moniquet et vous aurez exactement la situation que nous vivons aujourd’hui. A l’exception près que nous ne disposons pas de 3 millions de Dhs. Dans ces conditions, en restant à la tête du Journal Hebdomadaire et en demeurant salarié, je lui fais courir un risque mortel. Un risque d’autant plus élevé que nous ne pouvons compter sur la bienveillance de ce régime. Sans revenir sur la longue liste des actions du régime contre Le Journal, rappelons seulement deux faits saillants qui nous interdisent d’espérer la décence de la part de nos censeurs. Saisissant l’opportunité de la polémique autour des caricatures du Prophète, le ministère de l’Intérieur a fomenté, en février 2006, des manifestations contre Le Journal. Mendiants et associations préfabriquées ont été mobilisés pour finalement rassembler quelques dizaines d’individus transportés dans des véhicules de l’Etat et encadrés par des agents du ministère de l’Intérieur. Des slogans incitant à la haine furent scandés devant les locaux du Journal et ceux de son imprimeur. Ce ne fut pas tout. Les deux télévisions publiques 2M et TVM se surpasseront dans la malhonnêteté journalistique  pour relayer ces événements. Autre fait d’importance, le procureur du roi dans l’affaire Moniquet a appuyé avec énergie la demande du plaignant de nous voir condamner à payer 5 millions de Dhs. Or le procureur du roi dans le système juridique marocain, est le subordonné du ministère de la Justice , donc de l’Exécutif de façon directe. Même si on croit au mythe de l’indépendance de la justice marocaine et même si on rejette la très probable accointance de Claude Moniquet avec le régime marocain, l’attitude du procureur ne laisse aucun doute sur la volonté du régime de faire taire notre voix. De ces deux faits, on comprend que ce serait de l’inconscience de ma part de parier sur une quelconque décence de la part d’individus qui nous ont montré leur capacité à se comporter en voyous.
Au-delà du cas du Journal, la question que doivent se poser nos concitoyens aujourd’hui n’est pas tellement de militer en faveur de l’existence de telle ou telle publication. La question que nous devons collectivement nous poser est : " Acceptons-nous de renoncer à notre liberté de choisir de lire ou de ne pas lire un journal ? Désirons-nous que le régime fasse ce choix à notre place ? " Car c’est cette liberté que vole le Pouvoir aux Marocains lorsqu’il réprime la liberté de la presse.  
Si je suis triste aujourd’hui de quitter le Journal, j’ai aussi un sentiment de fierté et de reconnaissance. Je suis fier d’avoir participé à cette belle aventure, fier de la laisser vivante et menée par des femmes et des hommes dont j’ai pu apprécier la rectitude, le professionnalisme et l’humanisme sans lesquels ce type d’entreprise ne peut réussir. Je suis reconnaissant, profondément reconnaissant, à tous ces lecteurs qui, en prenant la peine de nous lire, nous ont permis d’exister en tant que journalistes. Ils nous ont permis, et ils continueront à le permettre, je l’espère, de créer un espace public où des Marocains ont pu se parler franchement et honnêtement, en élevant la voix parfois, en se respectant toujours. Un espace qui nous a permis, nous ses ouvriers, d’apprécier la richesse humaine de ce pays. Je suis aussi reconnaissant à ces Marocains qui, par leur courage, leur droiture et leur intelligence, nous ont permis de mieux comprendre notre société. Quel courage a-t-il fallu à ces centaines de femmes et hommes qui ont poussé la porte de notre journal pour venir dénoncer les abus de tel haut responsable, pour dire leur indignation face à telle situation inique ?  Un courage d’autant plus admirable qu’ils dénonçaient plus forts qu’eux dans un environnement institutionnel qui ne les protégeait pas. C’est pour cela que ceux qui croient arriver à leur fin en réprimant Le Journal ou en forçant ses journalistes à l’exil, n’ont rien compris. Nous, et d’autres que nous, sommes les enfants de ce pays, le fruit de cette société. Si nous existons, c’est qu’elle nous a voulus. Mieux, elle nous a produits. Si nous nous taisons d’autres parleront. Si nous mourons, d’autres naîtront.

 Source: Le Journal Hebdomadaire

par Mehdi K.Benslimane publié dans : Coups de coeur
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Jeudi 21 décembre 2006

Par Mehdi K. Benslimane

Mahdi Elmandjra, Nadia Yassine, Abdelhamid Amine, Khalid Jamai, Mohamed Sassi, Ahmed Snoussi (Bziz), Abdelhak Serhane, Ali Lmrabet, Ahmed Benjelloun, Yahya Elyahyaoui … sont pêle-mêle les noms de ces intellectuels, journalistes, artistes, militants et écrivains marocains qu’on ne voit point sur nos télés. Et pourtant, ils ont énormément de choses à nous apprendre.

Parce qu’ils ne font pas dans le politiquement correct, dans la propagande du régime, on leur refuse la parole. Aujourd’hui, ces figures emblématiques de la vie politique et sociale sont victimes d’un véritable boycott. Dommage.

 

 Imaginez Mustapha Alaoui, l’animateur de l’émission “Hiwar”, interviewant Nadia Yassine sur la montée des islamistes ou encore Jamaâ Goulhsen faisant réagir Abdelhamid Amine sur la situation des droits de l’Homme sur le plateau de “Moubachara Maâkoum”. Ils vont à coup sûr battre des records d’audience. Pour les directions de l’information de la TVM et de 2M, cela relève plutôt d’un programme de fiction de mauvais goût. Laissons de côté la fiction et regardons de plus près les faits. Nadia Yassine, membre d’Al Adl Wal Ihssane (Justice et bienfaisance), est interdite depuis de longues années d’antenne sur les deux chaînes publiques. «La dernière fois où j’ai mis les pieds sur un plateau remonte à plus de cinq ans. C’était lors d’une émission animée par Malika Malek sur 2M», se souvient-elle. Et de préciser : «j’ai joué le rôle de figurante…pas de droit à la parole». Selon ses propos, la libéralisation du paysage n’a rien changé à la donne. Les télés publiques restent un instrument du Pouvoir et ne reflètent pas le pluralisme des courants de pensée et d’opinion de la société marocaine.
Abdelhamid Amine, président de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH), ne subit pas, quant à lui, la même situation. Il fait en effet partie de cette liste de persona non grata dont l’accès aux chaînes est conditionné par des consignes très strictes. «Les deux télés ont trouvé l’astuce : lorsqu’il s’agit d’événements traitant, à titre d’exemple, de la sensibilisation à la culture des droits de l’Homme, elles jouent le jeu, mais quand il est question de sujets jugés sensibles telle la violation de ces droits ou la critique du rapport de l’IER, c’est le boycott total», relève-t-il. Et vu qu’Abdelhamid Amine est réputé pour son franc-parler, il ne faut surtout pas espérer qu’il soit invité un jour à une émission de débat diffusée en direct et en prime time. C’est le cas aussi de plusieurs hommes politiques, journalistes, intellectuels, artistes et écrivains.

Pas interdits mais boycottés
S’il est difficile de dresser une liste exhaustive de ces indésirables de la télé publique, on peut néanmoins citer le nom de certaines figures à l’image de Abdallah Harrif (Annahj), Khalid Jamaï, Mahdi Elmandjra, Bziz, Ahmed Benjelloun (PADS), Mohammed Sassi (PSU) et Abdelhak Serhane. Prenons le cas du journaliste Khalid Jamaï. Sa dernière intervention dans le cadre d’une émission de débat date de la fin de l’année 1999, soit au lendemain de la mort du roi Hassan II. Depuis, il n’a jamais été sollicité par les deux chaînes. Sept ans après, des gens se rappellent encore de son passage sur cette émission de la TVM et l’interpellent dans la rue, relève-t-on dans ses propos. C’est dire l’impact du média télé.
Auprès de Mehdi Elmandjra, c’est une autre version des faits. «Vous ne me verrez jamais sur le plateau de 2M ou de la TVM. Ces deux chaînes font honte au pays. Elles ne reflètent pas les préoccupations des Marocains. C’est moi qui les boycotte et non pas le contraire», souligne-t-il. Il est clair que les deux chaînes ne vont pas se bousculer pour inviter Elmandjra vu qu’il est interdit d’animer des conférences dans le pays. Idem pour l’écrivain Abdelhak Serhane qui a subi également les frais de ce boycott. Lui, qui devait passer, fin 2002, sur l’antenne de 2M à l’invitation de Touria Souaf, n’a pas eu ce “privilège”. Nour-Eddine Saïl, encore DG de la chaîne, est intervenu en personne pour lui en barrer l’accès.
Quant à Mohammed Sassi, la dernière fois où il a pris la parole dans une émission de débat remonte à dix ans. Et c’était sur le plateau de 2M. Si ce dernier est souvent invité par les chaînes, son nom est zappé à la dernière minute de la liste des participants. Consignes obligent !

Laaraïchi : vous avez dit liste noire !
Autant dire qu’en dépit de la levée du monopole de l’Etat sur les ondes, les vieilles pratiques ont toujours la peau dure. Certains observateurs estiment que, contrairement au discours dominant, on assiste à un retour inquiétant de la censure sur la télévision publique. Pis, la marge de manœuvre des responsables des deux chaînes s’est rétrécie, pour reprendre leurs propos.
Le respect du sacro-saint principe du pluralisme, inscrit noir sur blanc dans la loi 77-03 relative à la communication audiovisuelle, n’a en effet pas droit de cité sur les chaînes publiques. Pour tirer la sonnette d’alarme sur la faillite de ces télés dans ce domaine, un sit-in de protestation organisé par l'Union de la gauche démocratique et l'AMDH a eu lieu le 15 novembre dernier devant le siège de la SNRT. Tentant de calmer les esprits, son président Fayçal Laarïchi a reçu les représentants de ce mouvement, Mohamed Sassi (PSU) et Abdelhamid Amine (AMDH), pour ne citer qu’eux. Ces derniers lui ont fait part de leur marginalisation mais aussi de cette liste noire de personnes indésirables. A en juger par le témoignage de Mohamed Sassi, Fayçal Laâraïchi a affirmé lors de cette rencontre qu’il n’existe aucune liste noire. Et pourtant, les faits disent le contraire. Certains acteurs de la vie politique et sociale sont privilégiés par rapport à d’autres, notamment en matière de couverture des événements liés à l’activité de leurs organisations. Sans oublier leur exclusion dans les émissions de débat.
A l’issue de cette réunion, le PDG de la SNRT s’est engagé à respecter à la lettre la décision de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) en ce qui concerne le respect du pluralisme. Cette décision sera dévoilée au courant de la semaine prochaine. En attendant, l’entourage proche de Fayçal Laâraïchi a pris l’initiative d’inviter Mohamed Hafid à l’émission “Moubachara maakoum” diffusée sur 2M et portant sur le thème de la presse écrite. Mohamed Sassi sera également l’invité de marque de l’émission “Hiwar” dont la programmation est prévue pour mardi prochain.  On espère que la bonne foi de Fayçal Laaraïchi pour rectifier le tir ne se limitera pas au cas de quelques personnes.

Mohamed Douyeb

 

Le Journal hebdomadaire

par Mehdi K.Benslimane publié dans : Coups de coeur
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Dimanche 10 décembre 2006

Par Mehdi K. Benslimane 

 Nous commémorons cette année le 600ème anniversaire de la mort d’Ibn Khaldoun, homme et théoricien de la civilisation.

Né à Tunis en 1332, mort au Caire en 1406, les enseignements de ce savant arabo-musulman du milieu du 14ème siècle sont aujourd’hui d’actualité. L’encyclopédie Wikipédia le présente comme étant l’homme qui avait prédit la mondialisation culturelle – plutôt l’aliénation culturelle que nous vivons aujourd’hui- dans sa théorie du vainqueur et du vaincu, en déclarant que le vaincu est fasciné par le slogan, l’uniforme et les habitudes du vainqueur. Autre exemple. Dans sa «Muqadima», son ouvrage de référence, lui, fin connaisseur de la langue arabe, se plaignait à maintes reprises du faible niveau des maghrébins en arabe classique et de leur éloquence déplorable. L’article qui suit m’a fortement marqué car il décrit un parcours exceptionnel d’un homme d’exception qui demeure hélas méconnu pour des pans entiers des générations actuelles. Je vous le suggère donc vivement.

 

Ibn Khaldoun est le penseur arabe et musulman le plus étudié dans le monde. Pourtant, ça ne fait qu’un siècle que sa renommée est devenue incontestée et d’ampleur internationale. Un de ses spécialistes, le Marocain Abdesselam Cheddadi, traducteur de la Muqaddima et du Livre des Exemples, et auteur de plusieurs synthèses sur le penseur, notamment “Ibn Khaldûn, l’homme et le théoricien de la civilisation” récemment paru chez Gallimard, salue en lui “le pionnier de la sociologie et de l’anthropologie”. L’historien britannique Arnold Toynbee écrit, dans “Une Etude de l’Histoire” : «Ibn Khaldun conçut et formula une philosophie de l’histoire qui est, sans aucun doute, le plus grand travail jamais créé par une intelligence, en quelque lieu et époque que ce soit». L’historien Georges Marçais voyait dans son œuvre «l’un des ouvrages les plus substantiels et intéressants jamais conçu par l’intelligence humaine». Et les comparaisons pleuvent avec d’autres immenses penseurs : Platon, Aristote, Machiavel, Spinoza, Montesquieu, Teilhard de Chardin, Hegel et même Marx…
Pour une redécouverte relativement récente, c’est un triomphe. Mais ces relectures tardives sont marquées par leur contexte, et projettent sur Ibn Khaldoun et son œuvre des préoccupations qui leur sont parfois étrangères. Petit aperçu…

L’ancêtre ?
C’est avec le développement de la sociologie moderne qu’Ibn Khaldoun a été exhumé. En 1917, Taha Husayn soutenait une thèse de doctorat dans laquelle il soulignait les dominantes sociologiques de l’œuvre (rôle du climat, distinction entre la vie nomade et la vie citadine...). En 1957, l’Irakien Muhsin Mahdi a montré l’importance de la causalité dans l’œuvre d’Ibn Khaldoun sans aller jusqu’à parler de déterminisme historique, puisque la raison peut analyser les facteurs géographiques, biologiques, psychologiques et sociaux, donc les dominer. Quant au Libanais Nassif Nassar, il propose, dans “ La Pensée réaliste d’Ibn Khaldûn”, une analyse hégélienne qui en fait un personnage très rationaliste.
Au fil de leurs travaux, bien des penseurs contemporains ont voulu voir dans l’œuvre d’Ibn Khaldoun une anticipation de leur propre philosophie de l’histoire. Pourtant, il n’y a pas eu, entre eux, d’influence directe, mais plutôt une rencontre avec cette œuvre. Peu importe… Ibn Khaldoun est devenu, selon les cas, l’ancêtre des positivistes, l’ancêtre des sociologues modernes… On en a même fait le précurseur de Marx, comme Georges Labica. Certes, la dialectique marxiste s’est reconnue dans cette méthode d’inventaire des faits et d’analyse de la réciprocité de leurs interactions, mais elle n’a pas suivi Ibn Khaldoun dans l’interprétation profonde. Et d’écarter allègrement des pans entiers de la Muqaddima , tous ceux relatifs à la vision religieuse d’Ibn Khaldoun, concernant le prophétisme et les sciences religieuses de l’Islam, comme emprunts «du plus net obscurantisme mystique» d’un auteur ayant cédé à «la réaction dévote»… Dire que quelques décennies plus tôt, d’autres critiques européens, au contraire, en avaient fait un philosophe libre-penseur et un émule d’Averroès…

Lectures idéologiques
En 1965, l’historien et géopoliticien Yves Lacoste, né au Maroc, publiait un ouvrage au titre éloquent : “Ibn Khaldoun ; Naissance de l’histoire, passé du Tiers-Monde”, qui laisse rêveur.
Quant à l’historien Abdallah Laroui, en réaction aux travaux des historiens de la période coloniale, il semble chatouillé par le rôle que donne Ibn Khaldoun aux Berbères. Dans “L’Histoire du Maghreb, un essai de synthèse” (1982), il écrit : «Ibn Khaldûn semble penser que la race arabe étant depuis longtemps épuisée, l’affaiblissement de la race berbère signifie donc la fin de toute civilisation, de toute histoire au Maghreb, et qu’aucune possibilité de renouvellement n’est à la limite possible. En ce sens, on ne peut prendre l’œuvre d’Ibn Khaldûn pour une histoire raisonnée ; elle est plutôt une vision de l’histoire qui naît d’une mise en forme abstraite d’une séquence historique : au lieu d’être la raison de l’histoire maghrébine, c’est au contraire celle-ci qui en est la raison ; elle doit par conséquent être utilisée de la même manière qu’on utilise Machiavel : en tant qu’indice d’une crise générale ; elle ne doit ni être présentée comme explication ni proposée comme solution. Les historiens coloniaux retiennent d’Ibn Khaldûn seulement le rôle des Bédouins, en profitant, nous l’avons dit, de l’ambiguïté sémantique du vocabulaire arabe pour introduire leurs préjugés racistes. (…) Les idéologues arabes, de leur côté, n’osent ni accepter ni refuser Ibn Khaldûn ; ils se maintiennent en général à un niveau très abstrait, insistant sur les victoires et passant rapidement sur les défaites».

Le «théoricien de la civilisation» contre le «choc des civilisations»
Les nombreuses publications qui ont célébré le 600ème anniversaire de la mort d’Ibn Khaldoun témoignent de préoccupations contemporaines. Déjà en 1993, le Mexicain Fabian Estapé affirmait, dans “Ibn Jaldùn o El Precursor” qu’«Ibn Khaldun constitue, en ces moments de récupération historique du monde musulman et de sa pensée, un trait d’union entre des cultures qui ont vécu se tournant trop longtemps le dos». Wikipédia, l’encyclopédie libre en ligne, et surtout réactualisée en permanence, écrit qu’«Ibn Khaldoun avait prédit ce qu'on appelle aujourd'hui la mondialisation culturelle dans sa théorie du vainqueur et du vaincu (al ghaleb oual maghloub) en déclarant que le vaincu est fasciné par le slogan, l'uniforme et les habitudes du vainqueur». On croirait lire du Frantz Fanon. Cette année, un ouvrage d’Abdesselam Cheddadi, intitulé “Actualité d’Ibn Khaldûn, conférences et entretiens”, publié par la Maison des Arts, des Sciences et des Lettres, propose, parmi de légitimes interrogations sur ce qui fait la modernité d’Ibn Khaldoun, un titre sur «Ibn Khaldûn et le “choc des civilisations”». L’auteur répond que pour le penseur : «il serait absurde de parler de “choc des civilisations” tout simplement parce qu’il pense la civilisation dans son essence comme un bien commun et une aspiration commune de l’humanité, même si elle se présente sous des formes variées, la variété elle-même étant pensée comme source de complémentarité et non de conflits». Voilà qui est dit, mais la question n’était pas anodine.
Et elle ne pouvait pas l’être, car chaque lecture est forcément imprégnée par son contexte particulier, qui l’oriente en fonction des choix opérés dans ce contexte. Ibn Khaldoun sociologue, anthropologue, marxiste ou champion de discours opposé au choc des civilisations… C’est finalement le lot de tous les grands classiques. De ceux qu’il nous faut relire…

Sur les pas d’Ibn Khaldoun

Abou Zayd Abderrahman Ibn Mohammed Ibn Khaldoun est né en 1332 à Tunis, d’une famille de notables d’origine yéménite anciennement installée en Andalousie puis émigrée en Tunisie. Contemporain de Pétrarque, Dante, Boccace et d’Ibn Battouta, il vit le XIVe siècle de la guerre de Cent Ans, de la Peste noire, du Grand Schisme d’Occident et des conquêtes mongoles. Fort d’une solide connaissance de la langue arabe, du Coran, de la jurisprudence, des mathématiques, de la logique et de la philosophie, et courtisan aussi invétéré que versatile, il sert comme secrétaire, ministre ou ambassadeur auprès des Hafsides de Tunis et de Bougie, des Mérinides de Fès, des Abdelwadides de Tlemcen, du sultan de Grenade, où il devient l’ami d’Ibn El-Khatib. Il négocie pour le nasride un traité de paix avec Pierre Ier le Cruel, roi de Séville. Il a même recruté, pour le compte de ses souverains successifs, des mercenaires parmi les Bani Hilal. Ses trahisons lui ont valu à plusieurs reprises la prison. Pour s’éloigner des intrigues, il s’enferme un temps dans la forteresse oranaise de Qalaât Ibn Salama où il écrit la Muqaddima , puis s’installe au Caire, dans l’Egypte mamelouke où il est nommé Grand Cadi malékite et enseigne à Al Azhar. Il perd toute sa famille, qui devait le rejoindre, dans un naufrage. En 1401, il fait partie de la délégation qui va rencontrer le grand conquérant turco-mongol Tamerlan pour éviter le sac de Damas. Il meurt au Caire en 1406.

Kenza Sefrioui

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par Mehdi K.Benslimane publié dans : Coups de coeur
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Samedi 25 novembre 2006

Par Robert J. Shiller

Robert J. Shiller enseigne l’économie à l’université de Yale aux Etats-unis et dirige un bureau d’études, Macro Securities Research LLC. Il a notamment écrit Irrational Exuberance (L’Exubérance irrationnelle) et The New Financial Order: Risk in the 21st Century (Le Nouvel ordre financier: gérer les risques au XXIe siècle). Il vient de publier «Macro Markets: Creating Institutions for Managing Society’s Largest Economic Risks» chez Oxford University press, toujours dans le domaine de l’analyse des risques.


En tant que professeur en premier cycle universitaire, je constate que les étudiants sont de plus en plus inquiets pour leur avenir. Au moment de choisir une filière qui va les préparer à une vie professionnelle qui va durer 50 ans ou même plus, ils essayent pratiquement tous de faire des prévisions. S’ils s’engagent dans une voie qui les forme à un métier appelé à disparaître, ils risquent de le regretter amèrement. Ils savent qu’une reconversion en milieu de carrière est difficile, aussi veulent-ils faire le bon choix dès le début.
D’après ce qu’ils me disent, ils sont de plus en plus préoccupés par la précarisation de l’emploi dans l’économie moderne, tout à la fois mondialisée et conditionnée par les technologies de l’information. Ils craignent que dans les années à venir, même les gens qualifiés soient recrutés et licenciés sans plus de précaution que lorsque l’on achète ou vend du cuivre ou des dindes congelées. Le caractère gratifiant du travail va en souffrir. Si un emploi ne nécessite rien d’autre que des connaissances technologiques, il peut être confié à n’importe qui n’importe où dans le monde qui possède les qualifications requises, ou, pourquoi pas, à un ordinateur.
Dans un livre récent, The New Division of Labor: How Computers Are Creating the Next Job Market (La nouvelle division du travail: comment les ordinateurs façonnent le marché du travail du futur), deux économistes, Frank Levy et Richard Murnane, utilisant une classification des emplois qui date de 1960, ont trié les emplois en fonction des compétences requises. Ils ont ainsi identifié ceux qui demandent l’exécution de tâches parfois complexes et difficiles, mais à caractère répétitif, qui pourraient être remplies par des ordinateurs correctement programmés. A partir de données recueillies aux USA, ils ont montré que, depuis quelques décennies, il y a de moins en moins d’emplois qui consistent en des tâches à caractère répétitif, qu’elles soient de nature manuelle ou cognitive, car la tendance est à les faire exécuter par des ordinateurs.
En ce sens, leurs travaux justifient les inquiétudes de mes étudiants. Mais les mêmes tendances se retrouvent à un degré ou à un autre dans la plupart des secteurs professionnels et à tous les niveaux du système éducatif. On ne peut donc pas en tirer une conclusion quant au choix d’une profession ou au niveau de formation à atteindre. Levy et Murnane estiment que les emplois du futur feront de plus en plus appel à la pensée experte et à des compétences de haut niveau en communication.

Tout est ouvert

La pensée experte consiste à rechercher des méthodes pour répondre à des problèmes nouveaux et variés qui n’entrent pas dans des catégories préexistantes. Des tâches telles que comprendre des idées, évaluer leur impact sur la société et savoir convaincre, qui exigent des compétences de haut niveau dans le domaine de la communication, ne peuvent être confiées à des ordinateurs.
S’ils le veulent, les étudiants peuvent acquérir ces compétences dans pratiquement tous les principaux enseignements universitaires. Ceux qui aimeraient acquérir un savoir technique dans un domaine spécialisé qui les intéresse auraient tort de renoncer à leur rêve. Une formation dans le commerce, la finance ou le droit ne protège pas de la précarisation. Dans ces secteurs, tout autant que dans les autres, les entreprises achètent et vendent les gens dont elles ont besoin. Rares sont ceux qui atteignent les postes de direction. Les étudiants doivent prendre en compte deux facteurs au moment de choisir une orientation. D’une part, une véritable spécialisation dans un domaine, quel qu’il soit, passe par sa compréhension approfondie et non par la mémorisation; d’autre part, pour réussir dans une carrière, il faut acquérir les compétences nécessaires dans le domaine de la communication.
Réussir une formation de ce type suppose probablement de s’engager dans une voie pour laquelle on est véritablement motivé, qu’il s’agisse de la finance ou de la physiologie. Plutôt que de s’inquiéter, les étudiants seraient sages de s’immerger dans un domaine qu’ils aiment et d’apprécier les gens qu’ils y rencontreront. Ce qui apparaît à leurs yeux comme un luxe inaccessible est en réalité la voie de la réussite.

 Vendre et se vendre

 On croit souvent que les ordinateurs ne vont se substituer qu’aux travailleurs non qualifiés, pourtant mes étudiants soulignent autre chose. L’expertise médicale peut déjà être remplacée partiellement par des systèmes informatisés d’aide au diagnostic (un système expert) et une bonne partie du travail des ingénieurs est déjà effectuée par des systèmes de CAO (conception assistée par ordinateur). Mes étudiants craignent que si cette tendance se poursuit, cela ne conduise à une moindre sécurité de l’emploi, à une baisse des salaires et même à la disparition de certaines professions.
Certains étudiants, estimant qu’il est préférable d’acheter et de vendre, que d’être soi-même acheté ou vendu, s’engagent dans des formations commerciales, financières ou juridiques. Ils veulent être parmi les dirigeants plutôt que parmi les dirigés et ils pensent que, dans ces secteurs, c’est au niveau international qu’ils trouveront la meilleure garantie de l’emploi et les meilleures perspectives de carrière. Par contre, ils considèrent souvent que des domaines tels que la médecine ou les sciences et techniques - qui requièrent un savoir hautement spécialisé mais ne préparent pas à naviguer dans l’économie internationale - présentent des risques de précarisation. Leurs inquiétudes sont-elles justifiées? Les spécialistes ont repéré les mêmes tendances qu’eux, mais ils n’en tirent pas les mêmes conclusions.

Copyright:Project Syndicate, 2006.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz  

Source: www.leconomiste.com

par Mehdi Benslimane publié dans : Le coin des étudiants-chercheurs
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